hypnose et personnes agées

15/06/2020

Les bénéfices santé de l'hypnose chez les seniors

15 mars 2019

Contrairement à ce que l'on a longtemps pensé, l'hypnose s'avère souvent utile chez les personnes âgées. Elle peut être proposée quel que soit l'âge et même en cas de troubles neurocognitifs, dans la douleur ainsi que dans certaines maladies neurodégénératives. Le point avec le Dr Marie Floccia, médecin gériatre et algologue à l'hôpital de Bordeaux et la Société Française de Gériatrie et Gérontologie.

L'hypnose, alternative ou complément à la réponse médicamenteuse ?

Face aux divers inconforts et maladies chez les personnes âgées, la réponse médicamenteuse reste souvent la première réponse des médecins, ce qui est souvent insuffisant et parfois nocif. Or, les multiples possibilités de l'hypnose dans cette population sont de mieux en mieux démontrées, en s'appuyant sur l'une des bases fondamentales de l'hypnose ericksonienne (issue de la pratique de Milton Erickson) qui est de s'adapter au patient et d'utiliser ce qu'il apporte.

« L'hypnose permet d'apaiser et de soigner les patients âgés, confirme le Dr Marie Floccia, gériatre et algologue, praticien hospitalier au CHU de Bordeaux*. Elle a une efficacité prouvée sur des problèmes physiques et psychiques spécifiques au grand âge : chez les patients atteints de troubles cognitifs (de légers à sévères) et/ou de troubles du comportement associés (déambulation, cris, agitations, agressivité, anxiété...), dans la prise en charge de la douleur chronique, aiguë et induite (soins de plaies, ponctions veineuses, toilettes, mobilisations...), y compris dans la maladie de Parkinson et la fin de vie. »

Pendant longtemps, on a cru l'hypnose médicale et thérapeutique inutilisable en gériatrie. Désormais, en s'appuyant sur des bases neuroscientifiques et des publications validant certaines indications, en particulier dans la douleur, l'hypnose trouve toute sa place en complémentarité des traitements habituels voire même en limitant la prescription de ces derniers lorsque c'est possible. En effet, les médicaments sont une source potentielle d'effets indésirables, particulièrement délétères dans la population gériatrique souffrant de multiples maladies associées (comorbidités).

L'hypnose, utile dans les maladies liées à la vieillesse

Outre la prise en charge de la douleur (aiguë, liée aux soins ou chronique) par l'hypnose (hypnoanalgésie) ou lors d'une intervention au bloc opératoire (hypnosédation), d'autres intérêts de l'hypnose chez la personne âgée se font jour, de plus en plus étayés par les études scientifiques, à commencer par les syndromes comportementaux et psychologiques de la démence**. Ceux-ci se manifestent par des idées délirantes, des hallucinations, une agitation, une agressivité, un état de malaise douloureux (dysphorie), une dépression, une anxiété, une exaltation de l'humeur, une apathie, une désinhibition, une irritabilité, des troubles du comportement moteur, de l'appétit ou des cris...

L'anxiété et l'insomnie peuvent également être améliorées par la pratique régulière de l'hypnose, ainsi que la rééducation de troubles de la marche (maladie de Parkinson, post AVC/accident vasculaire cérébral, syndrome de désadaptation psychomotrice etc.).

L'hypnose peut être bénéfique dans l'accompagnement en fin de vie et au quotidien, afin de soulager les toilettes accompagnées difficiles.

Maladie de Parkinson et Alzheimer, que peut l'hypnose ?

Chez les personnes souffrant de la maladie de Parkinson, l'hypnose améliore les tremblements et réduit le stress. L'hypnose fonctionnelle (au service des pathologies du mouvement) a pour vocation de réadapter les déficiences. Le travail de rééducation est plus fluide lorsqu'il est pratiqué dans le même temps que l'hypnose conversationnelle qui, elle, accompagne les mouvements dans la vie quotidienne du patient (manger seul, marcher...). Le mouvement, la confiance en soi, l'anxiété, l'équilibre ou encore la voix sont travaillés lors de séances d'hypnose plus formelle « habituelle ».

Dans la maladie d'Alzheimer, les techniques s'adaptent au degré de sévérité de la démence, allant de l'hypnose formelle « habituelle » adaptée au patient lorsque le stade de la maladie est léger, jusqu'à l'Hypnose Adaptée Pour les troubles Neurocognitifs au Stade Sévère (HAPNeSS). Alors que dans les stades légers, l'hypnopraticien soignera des symptômes de type douleurs, anxiété, insomnie etc., au stade sévère, il se focalisera plutôt sur les syndromes comportementaux et psychologiques de la démence.

Pour une approche plus humaine

L'âge n'intervient pas dans la suggestibilité à l'hypnose ; la majorité des personnes étant accessible à l'état hypnotique. Par ailleurs, « les troubles attentionnels et les pathologies, principalement les troubles neurocognitifs majeurs, ne sont pas un frein à la pratique de l'hypnose, recadre le Dr Floccia, à la condition d'adapter les techniques, en fonction du patient ». Par exemple, la séance, non pas pratiquée assise mais plutôt en marchant ou en échangeant, est raccourcie. Par ailleurs, les techniques pourront être utilisées en même temps, etc. L'hypnose apporte « une approche plus complète, plus humaine et moins technique de la personne, résume Marie Floccia. L'hypnose médicale et thérapeutique apparaît désormais comme une évidente continuité, voire une nécessité, à la prise en charge gériatrique ».

Hélène Joubert. Merci à la Société Française de Gériatrie et Gérontologie pour ses prédiseuses informations (wwwsfgg.org)

*Auteure de l'ouvrage « Hypnose en pratiques gériatriques » septembre 2018, Editions Dunod, 320 pages, 30 euros, ISBN 2100776223 ** wwwsfgg.org